Appel à communication colloque international "Réparation et Formes de vie"
Nous avons le plaisir de vous transmettre l'appel à communication pour le colloque international Réparation et Formes de vie : Histoire, mémoire et matières de l'irréparable. Entre les arts et leur dehors qui aura lieu du 8 au 10 décembre 2026 à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à l'Université Paris Nanterre.
Direction scientifique et organisation :
Chiara Palermo (Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Institut ACTE, CIPH) et Jérémie Grojnowski (Université Paris Nanterre, HAR).
Calendrier :
Date limite de réception des propositions de communications : Mercredi 30 septembre 2026
Notification d’acceptation des communications : Lundi 19 octobre 2026
Dates du colloque : mardi 8, mercredi 9 et jeudi 10 décembre 2026
Modalités de soumission
Pour soumettre votre proposition de communication (2500 caractères maximum espaces
compris), merci de remplir directement le formulaire dédié via ce lien : https://framaforms.org/colloque-reparation-et-formes-de-vie-1783453503
Résumé de l'appel :
Depuis les années 1990, le concept de réparation suscite un intérêt croissant dans le champ des sciences humaines et sociales. La diffusion de l’éthique du care, dans une perspective féministe, a contribué à ce renouveau en déplaçant l’attention vers les vulnérabilités, les interdépendances et les responsabilités concrètes (Gilligan 1982 ; Tronto 1993). La réparation ne désigne dès lors plus seulement la compensation ou la restauration d’un état antérieur : elle engage une réflexion sur les conditions éthiques et politiques d’une réponse aux expériences de violence, de perte et d’injustice. Le concept de réparation traverse aujourd’hui des champs variés. Il s’est manifesté, plus largement, dans la dénonciation des ravages de l’Anthropocène et dans les débats portant sur les réparations historiques et décoloniales (Mbembe 2020 ; Araujo 2017 ; Azoulay 2013, 2019 ; Diagne 2018), dans les approches cliniques du traumatisme (Benslama 2002 ; Beneduce 2019), ainsi que dans les travaux en science and technology studies consacrés aux pratiques matérielles de maintenance et de réparation (Denis, Pontille 2022). La philosophie contemporaine prolonge ces perspectives en articulant vulnérabilité, trauma et justice sociale (Bessone 2019, 2026, Garrau 2018, Honneth 2026). La réparation engage des questions relatives à la mémoire, à la responsabilité et au pardon (Ricœur 2000), ainsi qu’à la reconnaissance intersubjective (Honneth 1992). Nombre d’études contemporaines consacrées à la réparation éclairent, à partir d'une multiplicité de perspectives, les réponses susceptibles d'être apportées aux expériences de perte, de violence et d’injustice (Dorlin 2017, 2025 ; Michel 2021), ainsi que les aspirations à « réparer le monde » (Joulian et al. 2016 ; Gefen 2017).
Ce colloque international et transdisciplinaire se propose d'explorer le tournant de la réparation, ou « repair turn » (Wiegman 2014), en prenant en considération l'implication grandissante des pratiques artistiques et matérielles dans ce changement de paradigme. Il s'agira d'en retracer la généalogie, d'en interroger les cadres d'émergence et d'énonciation, et de mesurer sa portée critique. Face à l’institutionnalisation et à la prolifération des appels à la réparation, cette notion n’est-elle pas exposée au risque d’un glissement de l’irréparable vers l’illusion d’une solution capable de substituer à la perte un retour à l’état antérieur ? Et comment la création contemporaine appréhende-t-elle ce risque ?
Nous proposons d’articuler ces interrogations à la promesse implicite dans la notion de réparation, à savoir celle d’une nouvelle existence, un nouveau mode d’agir, une nouvelle forme de vie. Des lors, penser la réparation au prisme de la notion de « forme de vie » oriente notre regard sur des vies blessées et sur les moyens de renouer avec une expérience partagée, à reconstruire, même lorsque l’irréparable est advenu. La notion de forme de vie (Lebensform) est entendue philosophiquement comme façon d’habiter et d'investir le monde, comme mode d’engagement, individuel ou collectif, chargé de valeurs mais aussi fragile (Haraway 2016 ; Macé 2016 ; Formis 2010, 2017 ; Mbembe, Sarr 2022 ; Popa 2025). En tant qu’elle s’attache à maintenir les conditions matérielles de la vie sociale, la réparation atteste de la fragilité des mondes que nous habitons (Jackson 2014 ; Denis et al. 2025), mais aussi de l'ingéniosité et de l'inventivité de celles et ceux qui font quotidiennement face à la pénurie et à la panne (Oroza 2019). Par son ancrage phénoménologique, la réparation nous invite à nous interroger sur la possibilité d’un monde à reconstruire, sur des identités nouvelles, qu'il s'agisse de trajectoires individuelles, de récits et d'expériences collectives, ou d'objets et d’infrastructures matérielles. Nous envisageons ainsi cette démarche comme le lieu d'une ressaisie sensible du monde, articulant l'analyse de l'expérience vécue à une puissance de transformation économique et sociale.
Loin de se réduire à un simple retour à l’état initial, originel, la réparation implique des transformations, des réagencements et l’invention de formes de vies portant les traces du dommage (Attia 2014, 2018 ; Michel 2021). C’est cette trace et cette historicité fondamentale, sous-jacentes à la notion de réparation, que nous souhaitons sonder dans un dialogue transdisciplinaire où les arts jouent un rôle essentiel : par le témoignage, la recherche-création ou encore le travail sur les archives, les pratiques artistiques ici convoquées mobilisent la réparation dans une perspective critique.
Ce colloque se fixe deux ambitions. Premièrement, il cherchera à mettre en lumière la contribution des arts et des pratiques matérielles à la redéfinition et au renouvellement du concept de réparation. Et, deuxièmement, il s’agira de proposer un panorama des études contemporaines sur le concept de réparation en sciences humaines et sociales, en vue de nourrir une réflexion sur les enjeux théoriques et pratiques qu’il soulève aujourd’hui. Comment expliquer la place de plus en plus centrale de cette notion ?Quelles transformations des perspectives philosophique et anthropologiques cette attention à la réparation décèle-t-elle ?
Pour en savoir plus consulter l'appel à communication :