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Hommage

Hommage à Pierre Baqué

Pierre Baqué, personnalité éminente de l’université, est décédé au cours de l’été 2026. Figure fondatrice de l’UFR des arts plastiques et des sciences de l’art, il a profondément contribué à son histoire et à son développement, l’institut ACTE lui rend hommage.

Hommage de Jean Da Silva, professeur émérite à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Pierre Baqué qui aimait se définir comme un « hussard de la République » a consacré sa riche et longue carrière aux développements et à la promotion des enseignements artistiques au sein de l’éducation nationale, non seulement pour les arts plastiques ; mais aussi pour la musique, le cinéma, le théâtre, la danse et l’histoire de l’art.

Fils d’instituteur, élève au lycée de Pau où il se lia d’amitié avec Pierre Bourdieu, Pierre Baqué a débuté comme jeune enseignant en dessin et arts plastiques (de la sixième à la seconde) au lycée Claude Bernard, puis il est devenu assistant et professeur à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Enfin, il a, depuis avril 1982, porté, initialement auprès du ministre Alain Savary, la responsabilité de chef de la mission des enseignements artistiques. Une mission qu’il a par la suite conduit auprès de onze ministres différents, jusqu’à sa retraite en 2007.

Au lycée Claude Bernard, où il a aussi enseigné et dans les « classes supérieures de dessin » qui formaient les jeunes enseignants de dessin et arts plastiques, il a rapidement fait référence, pour ceux qui souhaitaient s’affranchir de l’esthétique qui y dominait « relativement dix-neuviémiste » et où « l’ignorance de l’art en train de se faire [était], totale et volontaire ». Il y devient une figure de la rupture quand, pendant les évènements de Mai 68, il laissa sa classe ouverte jour et nuit pour que les élèves de seconde en fassent en un atelier de création permanente.

Il vivait alors ces évènements comme une véritable révélation : ils montraient selon lui « qu’une autre société pouvait être espérée ». Il y voyait son « chemin de Damas », « non prévu, improbable, incertain », qui allait donner du sens à ce qui est devenu son « combat ».

Il s’est ainsi trouvé, dès novembre 1969, très impliqué aux côtés de Bernard Teyssèdre (qui fut sur ce plan son mentor) dans la création d’une unité d’enseignement et de recherche d’esthétique et arts plastiques. Puis en 1970 il a soutenu la première thèse en arts plastiques ouvrant par là un nouveau domaine de recherche et inventant nouveau type de thèse qui lie création artistique et réflexion critique.

Il dirigera, un peu plus tard, et pendant de longues années, l’UER arts plastiques et sciences de l’art de l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne.

Loin de se satisfaire de projets institutionnels, Pierre Baqué se voyait avant tout comme un enseignant dont le métier le passionnait et où il excellait avec une diction impeccable et fluide au service d’un sens aigu du partage de connaissances et de savoirs faire.

On ne peut, non plus, oublier que, parallèlement à ces activités très prenantes, Pierre Baqué eut à cœur de développer une œuvre artistique qui prit dans un premier temps la forme de réalisations monumentales érigées dans le cadre du un pour cent artistique puis plus tard celle de dessins au crayon.

Les enseignements artistiques doivent en conséquence beaucoup à Pierre Baqué dont le parcours a lié de façon exemplaire, enseignement, création et responsabilités institutionnelles. Sans son action, la place des enseignements artistiques dans l’enseignement secondaire, qui est une spécificité française, n’aurait pas été la même. Il a non seulement renforcé ce qui était acquis mais il a su en étendre la portée et introduire de nouvelles disciplines en leur donnant une ampleur et une finalité nouvelle.

Les citations sont extraites de Pierre Baqué, 40 ans de combat pour les arts et la culture à l’école, Paris, L’Harmattan, 2011, et « Le “ chemin de Damas” et la “fac Saint-Charles” » dans Jean Da Silva, Une part de risque, les arts plastiques à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, 1969-2009, Éditions de la Sorbonne, 2022, p. 83-85. 

Hommage de Dominique Chateau, professeur émérite à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

Crédits : Dominique Chateau
Crédits : Dominique Chateau

« Pierre Baqué représente beaucoup pour moi, mais avant de parler de ce qu’il représente pour moi, je dois parler de ce qu’il représente en lui-même, pour les arts plastiques dont il fut un fondateur et organisateur aussi bien que pour l’institution universitaire française où il a reçu la confiance de plusieurs générations du monde politique.

Trois aspects dominent quand on repense à ce qu’il a apporté dans son passage sur notre planète. D’abord il fut le premier à soutenir une thèse d’arts plastiques, le premier en France, mais aussi globalement dans l’ensemble des pays où cet enseignement existe.

Ensuite, pionnier avec Bernard Teyssèdre de l’institution universitaire et scolaire de l’enseignement des arts plastiques en France, avec beaucoup de dévouement, il a contribué à gérer cette instauration dans l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne en assumant le rôle de directeur de ce qui s’appelait à l’époque l’UFR des arts plastiques et des sciences de l’art. Enfin, il est rapidement devenu le principal gestionnaire pour toute la France de cette discipline au ministère de l’Éducation nationale et de la Recherche. Il a connu tout un chapelet de ministres : d’Alice Saunier-Saïté à Luc Ferry, en passant par Chevènement, Jospin, Allègre, Darcos et Jack Lang.

Pour ma part, je l’ai côtoyé à la fois à la direction de l’UFR, mais de ce côté celle qui le connaît le mieux est sans conteste Fan Pichon. Elle raconte combien ce sémillant enseignant et directeur fut l’objet de l’enthousiasme débordant des étudiants et étudiantes de l’UFR.

Je peux dire pour ma part qu’il m’a constamment encouragé et soutenu pour prendre des responsabilités qu’il s’agisse de cette direction d’UFR ou de la présidence de l’agrégation d’arts plastiques ; chaque fois que je l’ai appelé pour lui demander son appui lors de réunions qui s’annonçaient difficiles (et Dieu sait si les réunions de l’époque étaient chaudes !), il est venu me soutenir en dépit de ses hautes tâches ministérielles. Lorsque je suis allé au ministère pour cette fois soutenir nos enseignements menacés par des projets du ministère, j’ai eu la surprise et le plaisir de constater que mon interlocuteur était Pierre Baqué.

Je terminerai ce discours avec un détail peut-être plus significatif que les diplômes et les médailles : d’un bout à l’autre de nos rencontres nous nous sommes vouvoyés; un vice-président de Paris 1 essaya un jour de nous ramener au tutoiement, ce qu’on parvint à faire durant le repas au restaurant où nous nous étions retrouvés ; le lendemain on reprit le vouvoiement… Ce n’est qu’un détail mais j’y vois le respect amical que je n’ai pas cessé de manifester à cet homme posé et doux, intelligent et visionnaire ; j’y vois aussi sa propre attitude de respect envers le jeune homme que j’étais, alors qu’il est si facile de dominer l’autre en s’en faisant un copain.

Triste de la disparition de Pierre Baqué je suis aussi et pour jamais heureux et fier d’avoir croisé la route d’un de ces hommes qu’on rêve de rencontrer parce qu’ils représentent brillamment le meilleur du potentiel de l’humanité. »