Image de couverture
© Sarah Lucas. Courtesy of the artist and Sadie Coles HQ, London.
Séminaire

La fabrication de l’absence en Palestine

Séminaire Art et Psychanalyse 2026-2027

Conversation avec Taysir Batniji (artiste) et Meltem Roger (psychanalyste)

Discutantes : Judith Michalet et Diane Watteau 

Responsable scientifique du séminaire : Diane Watteau

Meltem Kutahneci-Roger née à Istanbul, psychologue clinicienne et psychanalyste à Paris. Membre du Collectif de Pantin, elle consacre ses recherches à l’articulation entre psychanalyse, dynamiques de domination et enjeux politiques. Ses travaux interrogent, à travers articles et interventions, 
la manière dont les structures de pouvoir s’inscrivent dans la psyché, au croisement d’une approche transdisciplinaire et d’une pensée critique. Publications dont « Pierre Clastres et la quête primitive : domination, anarchie et seconde mort » (avril 2024), site du Collectif de Pantin. 

Taysir Batniji (Gaza, 1966) Université Al-Najah de Naplouse (BA, 1992) et ENSA de Bourges (DNSEP, 1997). Vit entre la France et la Palestine. Son œuvre, entre deux cultures, se fonde dans son histoire subjective et dans l’actualité et l’histoire, dans l’impermanence et la fragilité. Il propose un regard poétique, grinçant, politique sur la réalité. De nombreuses expositions et collections en Europe et dans le monde (Rencontres d’Arles, le MAC VAL, le Mathaf à Doha et le Palazzina dei Giardini de Modène). Lauréat du Abraaj Group Art Prize (2012) et du programme « Immersion » des fondations Hermès et Aperture (2017), il est représenté par la galerie Sfeir-Semler (Hambourg, Beyrouth). 

Face à l’insoutenable réalité à laquelle il fait face, à distance mais sans trêve, depuis octobre 2023  – l’éradication méthodique par l’armée israélienne de sa terre natale, Gaza, la succession de deuils au sein de sa famille, les traumatismes collectifs et intimes vécus –, la sidération ne laisse pas de place aux mots. En remplissant méditativement la surface du papier de monochromes colorés (Homeless Colors) jusqu’à l’épuisement de crayons trouvés 
dans la rue, Taysir Batniji se retire du monde, trouvant ainsi une sorte d’apaisement. Un geste de survivance et de sublimation qui rejoint sa représentation frénétique, sa volonté de « faire voir » le flot continu d’images de guerre reçues via Telegram. Figés par la capture d’écran avant leur révélation, il en reproduit délicatement le flou, à l’huile sur toile dans Remnants, les images témoins aux formes troubles agissant comme des filtres de distanciation, archives sensibles de l’effacement en cours.

Lacan situe la seconde mort au principe même de l’éthique de la psychanalyse. À partir d’Antigone, il la pense comme ce moment où le sujet, au-delà de sa mort biologique, accède à une inscription proprement subjective par un effacement de son nom, une perte pure qui ouvre la voie à la liberté. Meltem Kutahneci-Roger interroge ce concept à l’endroit où il se heurte aux dynamiques de domination : que devient cet effacement quand il n’est plus un acte du sujet, mais lui est imposé de l’extérieur ? L’accès à cette seconde mort suppose la déliaison de la pulsion de mort de toute capture par un pouvoir unifiant. Si déliée, elle ouvre la voie à une subjectivation possible, elle se retourne en son envers dès lors qu’elle est mise au service d’une domination. Un effacement imposé, non pour libérer le sujet, mais pour le barrer, le laissant pris dans un silence et une mémoire qui ne passent pas faute d’avoir jamais été inscrits.

Retransmission de la rencontre via Zoom

Prochaines séances du séminaire à retrouver sur le site de l'institut ACTE : 

  • Jeudi 5 novembre 2026 : Disparitions en étoilement : un exil constellé
  • Mercredi 9 décembre 2026 : L’association libre : tout, sauf libre ? 
  • Mercredi 3 février 2027 : Après l’Âne-alyste

Image : Sarah Lucas, Beyond the Pleasure Principle, 2000

Consulter le programme :