L’histoire et les jours d’après. Horizons politiques du présent
Cette journée d’étude cherche à articuler une philosophie de l’histoire avec une approche biologique et sociale, afin d’éclairer notre présent et ses enjeux écologiques. Est-il possible un horizon écologique du politique ? Dans la relation sujet-environnement, peut-il intervenir une façon d'habiter l’actuel contexte de crise qui soit capable de redéfinir les termes et les imaginaires de cette relation ? L’environnement loin d’être homogène, prévoit une infinité d’espaces et de modalités qui transforment inlassablement l’existence, avec les corps qui le constituent, avec les changements qui le traversent. Le concept husserlien de « sédimentation », tel qu’il est développé par Merleau-Ponty à travers l’introduction du concept d’institution, sera au cœur de notre réflexion pour répondre à ces questions. La notion merleau-pontienne d’institution peut être entendue comme une forme de sédimentation de l’histoire passée – individuelle et de l’humanité tout entière, y compris dans sa temporalité géologique –, laquelle agit toujours en nous en tant que sujets incarnés dans le monde. Dans cette perspective, tout événement – personnel ou collectif – n’est pas une donnée isolée valant pour elle-même, mais s’inscrit dans une chaîne d’autres événements qui opère dans le présent vivant à travers le lien corporel avec les générations précédentes. L’histoire, en tout cela, dans son sens de temporalité historico-évolutive, devient le modèle même de toute institution : elle confère rétroactivement une signification à ce qui est déjà sédimenté et, dans le même mouvement, détermine l’émergence du nouveau, étant à la fois instituée et instituante.
L’histoire n’est pas seulement ce que l’on raconte ou ce que l’on retient : elle est ce qui agit en nous avant même que nous ne la pensions, sédimentée dans nos façons d’habiter l’espace, de percevoir le monde, de nous rapporter aux autres et aux environnements que nous traversons. En ce sens, toute histoire individuelle est déjà toujours engagée dans une histoire collective et, au-delà, dans une géohistoire : une temporalité qui excède l’échelle humaine et remonte jusqu’aux strates géologiques qui portent nos corps sans que nous en soyons conscients.
Cette journée souhaite désigner des registres différents de réflexion sur les formes de l’histoire se transformant de l’intérieur : non pas par rupture ou volonté, mais par variation immanente, par métamorphose des schèmes perceptifs et symboliques à travers lesquels les sujets anticipent et remodèlent le sens du monde.
En faisant converger des traditions philosophiques apparemment hétérogènes – la phénoménologie (de Husserl à Merleau-Ponty), la biopolitique (Foucault ; Canguilhem), la théorie des systèmes (Luhmann) – la journée vise à construire un regard sur la structure temporelle et institutionnelle de l’expérience vécue, en montrant comment l’histoire, entendue dans toute l’épaisseur de ses strates, constitue à la fois le sol et l’horizon de toute subjectivité située.
Inscription obligatoire en suivant ce lien.
Responsable scientifique : Chiara Palermo (MCF – Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
Journée organisée avec : Marta Gailli (PhD – Università degli Studi di Milano)
Programme
9h15 - Accueil et introduction par Chiara Palermo (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
Philosophies de l’institution. Avec et au-delà de Merleau-Ponty
Modération de : Chiara Palermo (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
09h45 - Judith Revel (Paris 1 Panthéon-Sorbonne) : Hier, aujourd’hui, et le jour d’après : une relecture merleau-pontienne de l’institution.
10h30 - Mariana Larison (Universidad de Buenos Aires) : Phénoménologie et historicité du vivant : quelle histoire ?
11h15 - Pause café
Regards sur l’Anthropocène
Modération de : Chiara Vecchiarelli (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
11h30 - Giovanni Fava (Università Ca’ Foscari di Venezia) : Institution, communauté, corps : pistes merleau-pontiennes pour une lecture de l'Anthropocène.
12h15 - Gael Caignard (Université Jean Moulin – Lyon 3) : Institution et Anthropocène : pour une étude de la condition contemporaine avec Merleau-Ponty.
13h00 - Discussion et questions
13h15 – 14h30 – Pause déjeuner
Théories de l’évolution entre histoire naturelle et histoire sociale
Modération de : Michele Saporiti (Collège International de Philosophie)
14h30 - Giovanni Leghissa (Università degli Studi di Torino) : Perspectives écosystémiques sur l’organisation/institution.
15h15 - Andrea Angelini (Université Paris 8) : Sur la relation entre biopolitique et écologie : enjeux théoriques et transformations historiques.
16h00 - Pause café
Imaginaires et horizons du présent. Enjeux esthétiques et écologiques
Modération de : Chiara Palermo (Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
16h15 - Barbara Formis (Paris 1 Panthéon-Sorbonne) : La Puissance critique du résidu et des gestes de maintenance.
17h00 - Patricia Limido (Université Paris Cité) : L’institution muséale comme historicité de vie.
17h45 – 18h15 - Discussion conclusive et clôture
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