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Séminaire

Séance n°4 du séminaire Protocoles et pratiques militantes

Ce séminaire s’inscrit dans le cadre du programme de recherche Awaiting Scores portant sur les pratiques du protocole dans le champ des arts contemporains et de l’activisme politique. Par protocole, il s’agit de désigner la forme transmissible d’une action et les consignes permettant d’en organiser la réactivation (reenactement). À partir des années 1990, les protocoles artistiques s’institutionnalisent : les collections d’art contemporain les acquièrent et se trouvent investies de la mission de les mettre en œuvre, parfois sans les artistes. En faisant appel à la délégation, les artistes posent des questions relatives à la critique institutionnelle, à la pédagogie, à la fragmentation de l’auctorialité. 

Mais les enjeux politiques portés par le protocole dépassent largement le champ de l’art. Dans cette série de rencontres, nous souhaitons mettre au travail l’hypothèse de la circulation des formes protocolaires, entre les répertoires artistiques et militants. En effet, les pratiques protocolaires sont mobilisées simultanément dans les mondes de l’art et dans certaines pratiques activistes au cours de la seconde moitié du vingtième siècle comme les mobilisations féministes et queer, les mouvements de lutte contre l’épidémie du VIH, ou encore les pratiques d’écosabotage ou d’obstruction. Il s’agit enfin plus généralement de postuler une histoire extra-artistique de la performance, qui irait des suffragettes et de Rosa Parks jusqu’à Act Up, en passant par la confédération paysanne et les soulèvements de la terre. Les pratiques artistiques et les pratiques militantes puisent-elles dans un « répertoire d’action collective » (Tilly, 1986) commun ?

Nous souhaitons d’abord éclairer certains usages du protocole dans le champ militant. Actions directes, blocages, sit-in, désobéissance civile, performances, cérémonies, manifestations… Autour de quels types d’action les protocoles militants sont-ils pensés ? Préparation, répétition, diffusion, médiatisation… Quelles étapes de réalisation s’organisent autour de l’écriture d’une action ? Dessin, schéma, plan, script, montage… Quelles techniques pour quels gestes ? Fanzines, tracts, flyers, affiches, manuels, films… Sur quels supports les protocoles sont-ils diffusés et à quelles fins ? 

Nous réfléchirons aussi aux usages militants du protocole par les artistes : en quoi la forme graphique, l’écriture ou la parole transmise permettent-elles d’agir et de produire une critique ? De définir un « art militant » (Crimp, 1987) ? Nous renseignent-elles sur les implications politiques d’une pratique artistique ?

Interventions

Daniel Grúň / Awaiting U.F.O.s : Július Koller's Serial Protocols of Action

In this lecture, I develop the argument that Július Koller’s (1939–2007) artistic practice was structured by a recurring seriality of actions. His performative works were based on both simple and more complex protocols that he continuously followed, modified, and reworked throughout his life in close interaction with everyday reality. The question of time and repetition is therefore crucial not only because his practice was framed by the historical ruptures of 1968 and 1989, but above all because repetition constituted an internal principle of the futurological orientation of his actions.

The presentation will examine several key protocols within Koller’s artistic practice, including Antihappening (1965), Cosmo-Humanist Culture (1969), Question Mark (1969), and Universal-Cultural Futurological Operations (U.F.O.) (1970). These projects anticipated an extensive cycle of Cultural Situations articulated across a wide range of media. In order to understand their graphic forms and instructional character, it is necessary to consider the linguistic games, coded signs, and symbolic operations through which Koller structured communication.

These communicative events were intended to circulate across diverse social environments and communities, encouraging recipients to question normative frameworks operating within society, culture, and art. Such environments were situated within public and semi-public spheres constituted under both socialist and postsocialist conditions. The expectation of U.F.O.s and the possibility of contact with the unknown generated an open-ended chain of associative connections, enabling the continual reactivation of Cultural Situations.

The political implications of Koller’s practice must be understood within the specific context of East-Central Europe. At the same time, its scope extends beyond regional concerns toward a global, even planetary horizon. His recurring protocols address a broad constellation of issues, including cultural revolution and consumer society; institutional critique; environmental concerns; the social role of the artist within the nation-state; and, finally, the relationship between art and ideology.

Louise Hervé / Reconstitutions : The Unnamed Room et La performance des Saint-Simonien·nes

Est-ce que l’on peut penser une histoire longue de la performance, qui remonterait avant le XXe siècle, une histoire qui ne serait pas (uniquement) liée aux avant-gardes artistiques ? Clovis Maillet et moi avons mené cette enquête à travers, par des performances. The Unnamed Room, créée à Leeds 2017, est née de la consultation des archives personnelles de Leonora Cohen, syndicaliste, suffragette et garde du corps du mouvement pendant les manifestations des années 1910 au Royaume-Uni. La performance des Saint-Simonien·nes a d’abord été une déambulation à Ménilmontant, à la recherche des traces des cérémonies saint-simoniennes de 1832, où le groupe politique cherchait à projeter leur idéal d’association. Ces performances ont plus tard été réactivées dans d’autres lieux, avec d’autres interprètes. Elles sont devenues scripts, protocoles – et se sont alors posées à nous d’autres questions : qu’est-ce que l’on transmet de cette enquête, et comment ?

Calendrier et intervenant·es

Jeudi 15 octobre : Introduction par Franck Apertet, Clélia Barbut, Clémence Canet, Matthieu Saladin et engagement des travaux des étudiant·es
Jeudi 22 octobre : Elena Biserna, Johanna Renard / médiation Matthieu Saladin
Jeudi 5 novembre : Faustine Besançon, Isabelle Sentis / médiation Clélia Barbut
Jeudi 19 novembre : Rester. Étranger, Marianne Mispelaëre / Médiation Clémence Canet
Jeudi 3 décembre :  Daniel Grün, Louise Hervé / médiation Franck Apertet
Jeudi 10 décembre : Conclusion et restitution des travaux des étudiant·es > les horaires de cette séance seront élargis

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