Design du peu
Approches poétiques et critiques d'une conception frugale du design
Trop souvent perçu comme un rouage du marché, le design peut également être pensé comme le lieu propice d'une réflexion sur notre environnement. Et si la vocation du design n’était pas de saturer l’environnement et les commerces d’objets innovants mais, au contraire, de contribuer à un allègement et à un désencombrement du monde ? Alors que l’idée de réduction est souvent perçue sous l’angle d’un renoncement, il s’agira plutôt ici d’envisager ce « peu » comme la promesse d’un moins salvateur, créatif et possiblement heureux.
Le design du peu est alors à considérer comme une alternative à un design du beaucoup trop et des iniquités. Il fait l’hypothèse d’un design moins destructeur, plus en phase avec les problématiques environnementales, sans pour autant réduire sa portée pratique et poétique. Il cherche aussi à interroger ce que pourrait être une juste mesure. Partant de l’adage de Dieter Rams « Less is better », l’autrice se demande en quoi ce moins serait-il mieux et par rapport à quoi il peut l’être. Il s’agit de questionner la nature de ce « peu » et d’identifier, à la fois ses limites mais aussi ses possibles opportunités. Dès lors que le peu n’est pas le rien, il s’agit également d’interroger les propriétés de ce qui reste, la qualité des expériences vécues, le coût réel des choses en incluant les coûts invisibles : sociaux, environnementaux, relationnels, humains et non humains.
De la même manière que des changements sont apparus dans le secteur de l’alimentation et de l’agriculture, conduisant à mettre en avant des productions biologiques, sans pesticide, à l’écoute du vivant et des biotopes, une même réflexion est à mener dans le champ de la production industrielle et artisanale d’objets. Parce que le modèle des sociétés occidentales surproductivistes s’épuise et conduit à une impasse écologique et sociale dont les coûts sont aussi des coups portés aux êtres vivants et à l’environnement, le design du peu cherche à relever des paradoxes, à déconstruire certaines idées reçues, à dépasser certains préjugés, afin que soit encouragée, non pas un réductionnisme trompeur, mais une poétique du peu.
Cet ouvrage a bénéficié du soutien financier de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et de l’Institut ACTE.
Éditions : L'échappée belle