Image de couverture
Journée d'étude

Théorie critique du design - Habitabilité versus espace public

Selon la définition opératoire retenue par la théorie critique du design, celui-ci constitue « une pratique de projet dont la finalité est l’amélioration de l’habitabilité du monde dans le respect des humains et des non-humains ». Dans cette approche, la notion d’habitabilité paraît relever d’un acquis, son sens ne devant pas, semble-t-il, 
poser problème. Est-ce réellement le cas ? 

De fait, l’origine de cette notion n’est pas mystérieuse. C’est en 1951, lors du colloque de Darmstadt, que Martin Heidegger a repris et réinterprété les vers de Hölderlin selon lesquels « Plein de mérites, mais en poète,/ L’homme habite sur cette Terre ». Est également bien renseignée la manière dont les architectes et les urbanistes ont repris cette notion, les raisons qui les ont poussés à l’adopter. Il suffit de se référer à Critique de l’habitabilité où Mathias Rollot rend compte des transpositions opérées par Henri Lefebvre, Christian Norberg-Schulz, Bernard Salignon, Chris Younès, Augustin Berque, Thierry Paquot,  Bruce Bégout, Michel Lussault et tant d’autres, selon des perspectives qui vont de la sociologie marxiste à la géographie, en passant par la phénoménologie — pour ne citer que quelques-uns des champs disciplinaires mobilisés.  

Pour le design, la généalogie de son usage est néanmoins loin d’être aussi claire. Dans « La recherche-projet et la question de recherche : essai de clarification conceptuelle », Alain Findeli indique que la notion d’habitabilité « aurait » été requise par les « radicaux italiens », à savoir « Branzi, Manzini et peut-être Mendini ». Le conditionnel du verbe et le « peut-être » suscitent une incertitude que les historiens du design, ou les connaisseurs du design italien, peinent à lever. Interrogés par nos soins, ces spécialistes notent que chez les radicaux italiens, qui aspirent à révolutionner l’habitat comme la ville, « l’abitabilità » est centrale, mais renvoie plutôt au caractère commode, lumineux, bien distribué, des appartements, par exemple, c’est-à-dire au fonctionnel, au confort, à l’adéquation des logements aux besoins de ceux qui y vivent. Ils suggèrent qu’il faudrait plutôt regarder du côté de La speranza progettuale de Tomás Maldonado, ou de « Notre habitation » de Vilém Flusser, pour saisir ce que la notion recouvre. 

Dédié à l’élaboration d’une théorie critique du design en regard de l’École de Francfort, le volet 2025-2026 de notre séminaire s’est dès lors attaché à poser les problèmes inhérents à l’habitabilité, puis à éclairer cette notion au regard du texte que, en 1962, Jürgen Habermas consacre à l’espace public, les limites de cet écrit se révélant aussi 
instructives que son potentiel heuristique.

La Journée d’étude qui, de façon désormais rituelle, vient clore ce travail, est cette année consacrée à l’habitabilité du monde et à l’espace public. L’objectif est ainsi de saisir ces deux concepts à l’aune d’autres références théoriques et de la pratique du design, et de prolonger ainsi le travail accompli pendant nos deux semestres. 

Organisation : Catherine Chomarat-Ruiz  
Inscription : catherine.chomarat@univ-paris1.fr 

Consulter la brochure : 

brochure_je_2026.pdf
(PDF, 3 Mo)